Crédits photos ©Palais Beit Al Noor

La première fois que j'ai poussé la porte de ce palais, il était encore en chantier. Des échafaudages, de la poussière de plâtre, le bruit des outils, et déjà — sous le désordre — la promesse de quelque chose de rare. J'ai eu le privilège de revenir plusieurs fois pendant les mois de travaux, et de voir cette demeure du XVIIIᵉ siècle se relever lentement.

Le 1er novembre 2025, elle a enfin ouvert ses portes sous le nom de Beit Al Noor. Aujourd'hui, je peux vous raconter ce que peu de gens ont vu : non pas seulement le résultat, mais le chemin.

Un palais qu'il fallait sauver

Marrakech ne manque pas de belles adresses. Ce qui rend Beit Al Noor différent, c'est qu'il ne s'agit pas d'une construction neuve déguisée en ancien : c'est un véritable palais historique, situé dans la médina classée par l'UNESCO, qu'il a fallu restaurer dans les règles de l'art.

Le pari de ses propriétaires, Joëlle et Nicolas Delsuc, était audacieux : préserver l'âme du bâtiment d'origine tout en y insufflant leur propre histoire, celle d'une famille franco-libanaise attachée à Marrakech. Restaurer plutôt que reconstruire, c'est accepter la lenteur, la contrainte, l'imperfection des matériaux anciens. C'est ce choix exigeant qui donne aujourd'hui au lieu sa profondeur.

L'intimité comme parti pris

La tentation, dans un palais de cette taille, aurait été de multiplier les chambres. Beit Al Noor a fait l'inverse : douze chambres seulement, dont quatre suites. Un choix qui en dit long sur la philosophie des lieux — privilégier l'espace, le calme et le service sur le rendement.

Les quatre suites portent des noms qui sonnent comme une déclaration d'amour au Liban : Khalil Gibran, Fairuz, Saïd Akl, Majida El Roumi. Quatre voix, quatre figures de la culture libanaise, qui rappellent d'où vient la famille et ce qu'elle a voulu transmettre.

L'ensemble s'organise en trois espaces aux ambiances distinctes — la Medersa, le Berbère et la Douheria — pensés non comme des décors figés mais comme des atmosphères que l'on traverse au fil de la journée.

Le détail que peu de visiteurs remarqueront

Si je devais retenir une chose de mes visites de chantier, ce serait le travail du plâtre. Pendant des mois, un maître artisan — un Maâlem — a sculpté à la main, selon la technique traditionnelle du gebs, les moulures qui habillent les murs et les arches. J'ai vu cet homme travailler : une patience hors du temps, un geste hérité de dynasties entières.

Ce genre de savoir-faire ne se voit pas au premier regard. Il se ressent. C'est la différence entre un décor posé et un décor habité. À Beit Al Noor, tout est de cette nature : les plafonds de bois peints, les zelliges assemblés un à un, les sols de marbre en damier vert et blanc.

Et puis il y a ce détail que je trouve touchant : dans la pierre marocaine se glisse, ici et là, une fleur de lys — motif étranger à la tradition locale, venu tout droit du Liban. Une signature discrète, presque un secret de famille gravé dans les murs.

Les chambres et la lumière

Dans les chambres, le sol change de langage : place aux carreaux de ciment aux motifs géométriques, héritage des maisons libanaises, qui apportent de la couleur et du caractère. Les textiles, eux, restent volontairement doux, pour équilibrer.

Mais ce qui frappe vraiment, une fois les travaux terminés, c'est la manière dont la lumière circule. Toute la restauration a été pensée pour elle : elle entre, se diffuse, change d'intensité au fil des heures. Le nom du palais — Beit Al Noor, la Maison de la Lumière — n'est pas une formule marketing. C'est une réalité qu'on éprouve dès qu'on y entre.

La table et les hauteurs

Tout en haut, deux terrasses offrent ce que Marrakech a de plus précieux : de la hauteur et du silence. Le regard porte sur les toits de la médina, et par temps dégagé, sur les sommets de l'Atlas. C'est là, je crois, que le palais donne le meilleur de lui-même, à l'heure où la lumière décline.

La table, réservée aux hôtes, prolonge ce métissage entre le Maroc et le Liban : une cuisine de produits frais, de saison, généreuse et parfumée, à l'image de l'esprit méditerranéen qui imprègne tout le lieu.

Pourquoi je vous en parle

Nicolas Delsuc et moi avons un point commun : nous sommes tous les deux des enfants d'Abidjan. Nous nous connaissons bien, et c'est ce lien qui m'a permis de suivre ce projet de si près. Mais si je choisis de vous présenter Beit Al Noor, ce n'est pas par amitié — c'est parce que j'ai vu, de mes yeux, le sérieux et la sincérité de ce qui s'y est construit.

Cette maison partage une idée de l'hospitalité que je reconnais, celle que nous défendons aussi sur la côte ivoirienne : le luxe de la discrétion, le respect du travail bien fait, l'accueil comme une attention sincère plutôt qu'un argument commercial. C'est à ce titre que nous sommes heureux de la faire découvrir à ceux qui nous font confiance.

On ne recommande bien que ce qu'on connaît vraiment. Beit Al Noor, je l'ai vu naître.

Si Marrakech vous appelle, et que vous cherchez autre chose qu'un hôtel — une maison avec une histoire, une âme, une lumière — alors Beit Al Noor mérite que vous poussiez sa porte. Comme je l'ai fait, un jour, alors qu'elle n'était encore qu'une promesse.

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